mercredi 12 décembre 2012

Journal de Kilan, Page 81




J’ai choisis de débuter le récit de mes aventures par un évènement marquant : mon premier voyage en dehors de Melwan. Certes ce n’était pas véritablement mon premier voyage, n’étant pas né au village et ayant participé à un long périple pour y parvenir.

Cependant, je me souviens avoir vécu cet instant comme si c’était une première fois. Une première épreuve qu’il me faudrait relever pour prouver aux autres que je saurais, un jour prochain, assumer mon rôle de Démorthen.

Nous étions à la fin d’un hiver difficile, l’hiver de mes 16 ans. Depuis quelques jours, les éleveurs de Melwan avaient remarqués que leurs bêtes avaient de drôle de comportements. Les animaux semblaient fatigués, certains ne se nourrissaient plus, d’autres recrachaient du sang par certains de leurs orifices. Wailen avait été dépêchée, ainsi que Venec (l’apothicaire de notre village) pour tenter de trouver une solution. Aucun des deux n’avait trouvés de réponse aux maux du bétail, je me souviens même que Wailen, inquiète de leur état, avait déclamé que nous devrions nous "passer de viande" ce printemps. Ce qui n’avait pas manqué d’effrayer une partie de la population. Venec avait eu l’idée d’une expédition jusqu’au monastère de Tuath, où nous trouverions peut-être conseil auprès des moines. Les moines de Tuath avaient en effet la réputation d’avoir de nombreuses connaissances scientifiques, notamment en médecine, les retrouver était assurément la seule solution à notre problème.

En cette période d’hiver, les villageois étaient tous très occupés. Aucun d’entre eux ne pouvait lâcher ses travaux pour partir du village. C’est donc une jeune équipe qui fût montée, quatre personnes désignées : ma sœur Eira : varigale de son état, Malwan : un barde en devenir, Aveline : une étrangère issue de l’église de l’unique et moi-même : jeune ionnthen. Nous avions tous nos domaines de compétences. Eira sauraient nous guider jusqu’en Gwidre, elle en connaissait la route. Malwan était parait-il fort doué pout toute forme de relations sociales, je ne le connaissais que très peu mais il faut dire qu’il avait plutôt bonne réputation au village.

Aveline était originaire de Gwidre et acceptait de nous aider, surement une manière pour elle de se faire accepter. J’avais entendu un tas de rumeur sur elle. Elle était arrivée il y’a quelques temps et avait demandé l’asile le temps pour elle de retrouver ce qui semblait être son guide. J’avais même demandé à Wailen si nous ne pouvions pas l’aider dans sa quête. La démorthen avait refusé, sa condition de chevalier lame était à priori incompatible avec toute aide que nous puissions lui offrir.

Au matin suivant nous partions à l’aventure. Ma sœur Eira avait décidé de la route, échangeant des informations avec l’autre varigale. Nous passerions à priori une partie du chemin sur la route principale, suivant la vallée, puis nous couperions par la montagne pour ensuite redescendre sur Fearil et ensuite traverser la frontière entre Taol Kaer et Gwidre. Pour finir il nous faudrait reprendre la route principale jusqu’au monastère. Je réalisais au moment du départ les dangers auxquels je m’exposais. Je n’avais pas vraiment envie de m’aventurer vers l’inconnu. Je crois d’ailleurs que sans ma sœur, je n’y serais pas allé.

Il me fallut quelques heures de voyage pour prendre le rythme, les premiers instants ayant été très douloureux. Je peinais à trouver mon souffle et l’allure de mes camarades était bien trop rapide pour moi. Plusieurs pauses furent donc nécessaires.

Nous avions parcouru la première partie de la distance, la route de la vallée, puis la montagne. La pluie tombait et nous devions trouver un abri. Eira nous indiquait une grotte sur la route dans laquelle nous pourrions attendre la fin de la tempête. Il était temps de nous arrêter pour nous reposer, sécher nos vêtements et manger. La grotte était sombre et humide, mais elle était notre seul abri contre les éléments qui se déchainaient à l’extérieur. J’ai le souvenir d’avoir médité un bon moment en regardant la pluie tomber. Eira et Malwan décidèrent d’explorer les profondeurs de la grotte, ils partirent donc quelques minutes, et après avoir fait un bruit que je ne saurais que qualifier d’étourdissant ils revinrent en courant. Ils avaient réveillé un ours, qui furieux d’avoir du mettre un terme à son hibernation, nous avait chassés de son logis naturel. Ni une ni deux nous nous retrouvions dehors, sous la pluie, l’ours hurlant et restant à l’abri dans l’entrée de la grotte. C’était la première fois que je voyais un ours de si près, une splendide créature crée par mère nature. Un subtil mélange de force et de calme disait Wailen, même si à cet instant là l’ours n’avait rien de calme.


Nous décidions de continuer notre route sous la pluie. Le sol sous nos pieds était devenu boue, et l’avancée en était que plus ardue. A chaque pas nous nous sentions glisser un peu plus sur le flan de la montagne. Malwan avait même dégringolé sur le côté, et bien heureusement, nous avions avec nous une corde qui nous permit de le hisser à notre hauteur. Le voyage dura ainsi pendant deux journées. Nous passions chacune des nuits cachés entre les rochers, après l’installation d’une toile pour nous protéger au maximum de la froide pluie qui s’abattait sur le pays.

Au troisième jour de notre voyage nous commencions enfin à descendre de l’autre côté de la vallée. Fearil n’était pas encore en vue mais j’avais déjà à l’esprit l’espoir d’un bon repas et d’un lit. Reprendre quelques forces avant de passer la frontière était d’après moi une idée des plus judicieuses.  

Nous marchions le long des roches quand un cri déchira le silence, puis un autre cri, et un autre. Nous accourions donc en leur direction et arrivions à la hauteur de la scène. Une jeune femme hurlait et pleurait son désespoir tandis que plus bas trois homme tentaient tant bien que mal de trouver une solution pour sauver leur ami tombé dans une crevasse et blessé dans sa chute. Je tentais d’abord de rassurer la jeune femme, à priori enceinte et m’assurait que ses émotions ne déclenchent pas des contractions. Un des hommes me mit la main sur l’épaule, et avec un sang froid qu’aujourd’hui je qualifierais d’anormal me dit « Ne vous inquiétez pas, elle n’accouchera pas ici, par contre Junien, notre ami qui est tombé est gravement blessé...». Je m’exécutais de suite et préparait tout le nécessaire pour le soigner pendant que mes amis tentaient non sans difficultés de l’extraire de la crevasse. Je récupérais d’abord de l’eau de pluie et l’assainissait grâce aux pouvoirs de mon ogham de pureté aqueuse. Une fois la victime inconsciente devant moi, je décidais d’abord d’appliquer quelques plantes anesthésiantes sur ses gencives puis je replaçais ses jambes, conscient qu’il ne pourrait plus jamais s’en servir. Je nettoyais ses blessures et exprimait l’idée de trouver un médecin, peut-être à Fearil, le village qui semblait le plus proche de notre position.

Parmi les hommes, un en particulier semblait être le meneur. Il se nommait Gareth, semblait avoir une trentaine d’année, un visage avenant et une allure des plus charismatiques. Il nous expliqua qu’ils ne pouvaient pas faire machine arrière, et que retourner en direction de Gwidre leur était impossible. Il se dirigeait vers l’intérieur de Taol Kaer avec l’objectif d’échapper à leurs poursuivants : des représentants de l’unique qui voulaient les tuer. Quand nous lui demandions les raisons de leur poursuite, sa réponse nous paraissait claire, bien qu’aujourd’hui, avec le recul, je la trouve des plus douteuses. L’homme nous raconta que les représentants de l’unique avaient brulé son village, il nous indiqua un de ses camarades et le présenta : un certain Joris, lui-même représentant de l’unique, qui prônait en son village la solidarité et la tolérance. Ces manières n’auraient pas plu à un Sigire qui aurait décidé de monter une vendetta contre lui et à sa communauté. Il était donc impossible d’aller à Fearil, et le premier village au sud était notre bien aimé Melwan. Après quelques mots échangés avec Joris, nous découvrions qu’il possédait quelques connaissances et pensait pouvoir nous aider à soigner les bêtes de Melwan. Nous pouvions donc désormais repartir vers Melwan ou nous trouverions après trois jours de marche de l’aide pour nos nouveaux amis et en Joris une potentielle solution pour notre bétail.

Paysage de Taol Kaer


A Suivre…




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